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Il y avait jadis ici

des mots qui avaient de l’élan, telle une avalanche, parfois hérissée de piques de glace, parfois transportant de joyeuses balles de neige, perles de culture à découvrir. Des mots qui, s’emboîtant si bien les uns aux autres, livraient un message ou une image, aussi naturellement que se déversent de la boîte les céréales dans un bol le matin. Ces mots avaient le don de photographier un instant dans la vie d’une émotion, qu’elle soit douce ou amère.

Ils racontaient tout bas un homme à moitié devenu lui, à mi-chemin de sa vie. Cet homme avait eu ses hauts et ses bas, comme tout un chacun. Plus de bas que de hauts, ces dernières années. Il allait peu, se nourrissant de sa routine, de ses lieux connus, pour apaiser la brûlure de la déception. La crainte que la vie ne lui réserve en définitive plus rien allait, elle, grandissant.

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Une fille, proche et loin à la fois, guettait constamment le spectacle de la prochaine avalanche de mots. En vérité, comme les chasseurs de tornade s’approchent trop près de l'objet de leur passion, elle aspirait à être engloutie par ces avalanches, à contribuer à les déclencher d’un chant ou d’un cri, à se laisser envelopper de leur violente et intime caresse jusqu’à la mort. Ses sens et son âme étaient chaque fois en éveil pour percevoir les étincelles de l’âme qui écrivait, à travers un corps, à travers le bout des doigts frappant les touches sans retenue, au son d’une musique d’une autre époque.

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…ces doigts qui aujourd’hui lavent énergiquement le souvenir qu’ils portaient jusqu’alors. Pour se débarrasser de la souillure et du dégoût.
Il fallait faire le ménage, aussi bien commencer par l’encombrant le moins important. Il resterait ainsi plus de place pour les autres biens auxquels il tenait vraiment. Celui-là n’avait jamais fonctionné correctement de toute façon, ronronnant comme un chat un jour pour émettre d’étranges bruits métalliques puis s’éteindre subitement le lendemain.

Oui, la maison serait plus calme ainsi. L’ordre simple de la solitude goûtait comme d’habitude et cela lui apportait sinon la paix, du moins le confort dont il était heureux de se contenter… Le silence remplirait désormais les jours.

Les soirées sans rêves et les nuits sans lune seraient de tout repos.

 

 

 

Je suis désolée pour tout et tu as bien fait. Je t'aime. Au revoir, Princesse.